Crocus

Après une visite d’une exposition très intéressante, La Silhouette, le corps mis en forme au Musée Historique de Lausanne, je me suis posée plusieurs questions. Dans cette exposition, on voit que le corps dès le Moyen-Âge, et surtout dès le XVIIe siècle, a été sculpté par le vêtement, contraignant les silhouettes à une norme donnée. Et maintenant? Le corps est-il toujours sous la contrainte ou le laisse-t-on libre d’être comme il est? Actuellement, est-ce que le corps doit-il être maintenu par le vêtement ou celui-ci doit être au service de notre corps? Où en sommes-nous vraiment?

Libération du corps de la femme

Il est indéniable que par rapport à l’époque durant laquelle la femme était contrainte au corset, car sa chair était soi-disant molle et demandait du maintient pour avoir de la morale, les femmes actuelles de nos contrées ont plus de liberté. Plus de corset, plus de panier ou de faux-cul pour modeler et contraindre les femmes dans leur quotidien. Les vêtements des femmes, dès les années 1930, sont devenus plus pratiques, voire empruntés au vestiaire masculin, le sport se démocratisant également. Dans les années hippies, même le soutien-gorge est jeté aux orties. Un geste provocateur, symbolisant à la fois la liberté sexuelle revendiquée par les femmes et par là-même, la liberté de voir son corps sans entrave. Le corps mis à nu (littéralement pour cette période), sortant du besoin de maintenir quoique ce soit dans cette silhouette féminine. Un souffle de liberté balaye la société.

La mode, par les couturiers, n’a plus à imposer une ligne de silhouette fantasmée, mais à mettre en valeur, à s’appuyer sur le corps lui-même pour créer et construire ses habits. Une liberté de mouvement bienvenue pour les femmes actives que nous sommes devenues.

Le corset est tombé, mais…

Le corset est tombé, soit. La société actuelle nous prête une morale apparemment. Mais qu’en est-il vraiment dans les médias, les vestiaires féminins, le regard qu’on nous porte? En fait la pression est toujours aussi forte.

Certes, vous pouvez choisir le t-shirt informe et un leggings, mais si vous sortez vêtue de la sorte, n’entendez-vous pas que vous n’êtes alors pas féminine? Dans les médias, voyez-vous toutes ces femmes, dans les pubs, les présentations du TJ ou autres émissions, dans les films, avec un corps de rêve? Il faut avoir une poitrine pulpeuse, maintenue haute, des jambes galbées, un fessier qui ressort. Nous voyons fleurir, et de plus en plus de façon présente avec les réseaux sociaux, un type de silhouette parfaite (mais souvent retouchée via Photoshop ou autres filtres).

Effet de mode, comme dans les siècles passés, mais tout aussi contraignant. Par exemple, pour la poitrine de rêve vue sur Instagram, le push-up a le vent en poupe (il n’y a qu’à voir dans certaines enseignes de fast-fashion, où il n’y a quasiment plus que cela comme soutien-gorge). Et si le vêtement ne suffit plus, le bistouri prendra la relève. Un ventre un peu trop rebondi? Des fesses plates ou retombantes? Des collants ou des slips gainant sont en vente et même commercialisés par certaines personnalités d’influenceuses. 

Le vêtement est en effet devenu plus souple et s’appuie sur la morphologie naturelle des femmes pour être réalisé, mais il n’en reste pas moins et plus subtilement, un élément de modélisation de la silhouette. Car la société renvoie alors à une hypersexualisation du corps féminins à travers les médias, avec comme message: ok, vous pouvez choisir vos habits, mais vous restez un objet du désir masculin.

L’équilibre entre le conscient et l’inconscient

Le tout est de savoir si vous choisissez ce genre de vêtements-là, pour son confort, pour « modeler » et mettre en valeur vos formes ou tout simplement parce que c’est la norme, la pression (inconsciente ou non) du regard des autres? Surtout que le marketing a rendu ces diktats comme si ces choix venaient de nous-même. Mais est-ce le cas?

S’acheter un soutien-gorge push-up par exemple, ne fait pas de vous une victime de la société médiatique. Mais posez-vous la question, le choisissez-vous parce que cela vous plaît réellement d’avoir la poitrine plus pigeonnante ou pour le regard extérieur qu’on peut vous donner?

Question épineuse et complexe, car cela est devenu tellement banal de se fondre dans un moule qu’on n’y réfléchit plus. Les couturiers ne nous contraignent plus, le vêtement en soi non plus par extension, mais les médias et la société restent toujours un poids, comme aux siècles passés. 

En résumé, notre corps est encore très souvent astreint par les vêtements que nous choisissons. Plus subtilement, notre quotidien n’étant pas dérangé la plupart du temps par ces « entraves », ils nous aident à atteindre un idéal.

Je ne pense pas que ce soit forcément une mauvaise chose. Le plus important est de répondre à cette question: pourquoi le faites-vous? Et personnellement, je pense qu’il faut d’abord s’habiller pour soi. Une position que je défends dans l’article suivant: 

–> lire l’article: Le vêtement doit vous respecter

Pour aller plus loin:

–> lire l’article: Le féminisme et l’habillent (des femmes)

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.