Crocus

Décor de vitrine avec le slogan mon corps, mes choix

La mode, reflet de la société et de ses moeurs qui évoluent au fil du temps, suit les mouvements des luttes, des aspirations, des identités et nous donne des indicateurs précieux sur une époque donnée. Les vêtements, surtout ceux des femmes, n’ont pas eu que pour vocations d’habiller les corps. Très longtemps, c’était une manière de contraindre la gente féminine et cette dernière a su également utiliser ce moyen non verbal pour transmettre ses revendications jusqu’à aujourd’hui, où le dialogue entre mode et féminisme continue pour une quête totale de liberté.

Découvrez ici l’histoire de la mode avec des moments clés pour l’émancipation des femmes, posez-vous la question si elles sont réellement libérée des contraintes et ce que nous pouvons toutes entreprendre pour faire avancer la société.

La mode, histoire de domination et de rébellion

Quand on observe l’histoire de la mode, nous remarquons que celle-ci a été utilisée comme un outil de domination sur le corps féminin. Les vêtements des femmes ont souvent été pensés pour qu’elle rentre dans les standards de beautés des diverses époques passées, servant de vitrine pour étaler la richesse et le rang de son père ou de son mari, leur imposant ainsi des normes et des rôles sociaux étouffants.

L’exemple le plus parlant est le corset qui a cherché à sculpter et façonner le corps féminin selon un idéal de beauté restrictif, asservissant les femmes à une esthétique et une utilité patriarcale. Ce n’est pas le seul élément de l’habillement qui a servi à cet objectif, les tournures, crinolines et autres faux-culs, tous ont participé à rendre les femmes moins libres dans leurs mouvements et dépendantes très souvent d’une tierce personne pour s’habiller ou se changer.

Cet oppression sur le corps féminin, servant à modeler la silhouette de la femme avait pour but de renforcer les structures patriarcales qui se sont mises en place peu à peu dès le Moyen-Âge, surtout dès le XVIIe siècle. L’inconfort vestimentaire était à l’origine un signe distinctif des personnes aisées, peu importe leur genre (l’aristocratie ne devant pas travailler, la restriction des mouvements par l’habit ne posait pas de problème), mais au fil des siècles, à la fin du XVIIIe siècle, il est devenu un mal spécifique à la gent féminine. Prenant de plus en plus d’importance, en tenant des salons, en écrivant, se lançant dans la science, cela dérangeait le pouvoir patriarcal en place et progressivement, elles ont été enfermées dans la coquetterie.

La femme n’était pas vue comme des individus à part entière, avec des caractères divers et variés. Non, elle était juste “la fille de” ou “la femme de”. Elle devait incarner ce que la société attendait d’elle. Selon cette dernière, les femmes n’ayant aucune tenue et moralité, on se devait de la maintenir, de la contenir, quitte à mettre en danger sa santé. Ce faisant, une femme qui ne peut pas se mouvoir ou si difficilement, restait une femme “sage”, dans le rang.

Yvette Roudy, première ministre aux Droits de la Femme (en France, 1981-1986) ajoute d’ailleurs lors d’un entretien en 2017: ” La mode, très longtemps, a été faite par des hommes… Et, souvent, je la trouve profondément ridicule. Les hommes qui habillent les femmes de cette façon ne les aiment pas!” J’adore sa réflexion, car elle pointe là où cela fait mal: si on aime une personne, on lui crée quelque chose de pratique, de libérateur, qui lui va et qui lui corresponde. Alors que la femme a été si longtemps entravée, encombrée par des vêtements qui ont été pensés par des hommes pour la société et non pour elles.

Ce qui va changer peu à peu avec des moments clé dans l’Histoire et certaines créatrices de mode.

Influence du féminisme

Dans l’Antiquité, la gente féminine portaient principalement des tuniques fluides, pratiques et confortables, leur permettant de bouger en toute liberté tout en cachant leurs corps. Au Moyen-Âge, les tenues se sont alourdies avec des jupons et des corsets et autres joyeusetés encombrantes tels que crinolines, faux-cul, etc. Les matières utilisées (lin, laine, soie) révélaient la position sociale de chacune.

Avec la Révolution française, une première vague d’émancipation vestimentaire prenait forme, grâce aux robes plus légères, même si certains éléments contraignant restent. Cette petite liberté nouvellement acquise allait de pair avec les mouvements féministes naissants, qui réclamaient des droits fondamentaux et une réévaluation du rôle des femmes dans la société. Plus tard, Amelia Bloomer, dans les année 1850, a commencé à remettre en question les contraintes sociales en portant le costume bloomer (pantalon bouffant porté sous une jupe plus courte).

La mode devient un outil pour les femmes qui vont commencer à choisir chaque pièce d’habits comme symbole de leur volonté de défier les attentes de la société dictées par les hommes. Au début du XXe siècle, les Suffragettes utilisent déjà les couleurs (le violet pour la dignité, le blanc pour la pureté et le vert pour l’espoir), les silhouettes et les codes vestimentaires pour rendre leur combat visible. D’ailleurs, la couleur violette sera reprise mainte fois pour les revendications féministes, devenant ainsi LA teinte reconnaissable du féminisme.

L’abandon du corset au début du XXe siècle est un marqueur majeur de l’émancipation et de la libération du corps féminin. La guerre mondiale de 14-18 a joué un grand rôle aussi, les femmes devant remplacer dans les usines les hommes partis au front, leur habillement s’est vu simplifié, rendant confort et liberté de mouvement aux femmes. Elles ont compris que leur combat passera par la mode.

Querelle de ménage, illustrant la symbolique du pantalon au XVIIIe siècle

Dans les années 1920, le fait de porter un pantalon par les femmes n’est pas qu’une question d’esthétisme ou de praticité mais un signe fort: elles refusent que la société dicte aux femmes leur manière de s’habiller. L’émergence des Garçonnes, véritable raz-de-marée pour la société patriarcale, dans les mêmes années, avec leur allure androgyne, sans taille et sans poitrine marquée, cheveux courts, avec des façon de vivre libertaires pour l’époque (elle sort, danse, fume, a des pratiques sportives ou de plein air, conduit une voiture, voyage) brise de nombreux codes de la féminité qui renforcera le combat des féministes, à la fois sur le plan physique et psychologique.

Plus tard, dans les années 60 et 70, la mini-jupe, le bikini ou l’adoption généralisée du pantalon deviennent les messages d’une nouvelle affirmation du corps féminin: la mode devient alors un terrain d’expression, parfois de provocation mais surtout de liberté. Ces nouveaux codes vestimentaires correspondront également à des avancées majeures dans les droits des femmes, comme la légalisations de la contraception (rendant le choix de la maternité à la femme) et l’obtention du droit à l’avortement (dans certains pays) . Dans ces années, il y a eu également le “bra-burner Miss America”, des soutien-gorge jetés à la poubelle (et non brûlés), un symbole fort de contestation en 1968 aux USA contre le concours de beauté!

Un débat est vite arrivé avec les revendications féministes, dès leurs débuts avec les Suffragettes: si elles demandent l’égalité, doivent-elles s’habiller comme les hommes (avec des costumes et pantalons) pour se dissocier des tenues féminines stéréotypées qui entravent leurs mouvements (les renvoyant visuellement à leur rôle social inférieur de femmes) ou au contraire, doivent-elles rester féminines et donc irréprochables d’un point de vue visuel car elles étaient déjà très caricaturées dans la presse? Le débat demeure encore aujourd’hui: on m’a bien une fois dit que si j’aime la dentelle, c’est que je me soumets aux fantasmes masculins. Alors qu’on peut aimer la dentelle pour ce qu’elle est, une jolie étoffe avec un savoir-faire, sans tomber dans des schémas caricaturaux.

Néanmoins, en s’émancipant des contraintes vestimentaires du passé, les femmes ont redéfini leur rapport à leur corps, à leur image et à leur statut. Mais est-ce une illusion?

La femme est-elle libérée ?

Question complexe et nuancée, je l’avais choisie pour mon mémoire à la fin de mes études de stylisme. Alors, le corps de la femme a-t-il alors été libéré des injonctions sociétales? On pourrait se le demander et à juste titre. Au sein des théories féministes, la mode est souvent pointée du doigt: aliénante, stéréotypée, dirigeante. Même lorsque la mode participe à une libération, telle celle des jambes avec la mini-jupe, elle est automatiquement transformée en un moyen de sexualisation des corps, renvoyant la femme à un rôle d’objet de désir pour les hommes. Heureusement, grâce aux sous-cultures, la mode est également un moyen direct de faire passer des messages, des revendications.

Elle nous permet aussi de nous revêtir de tenues complètes et différentes, brisant les silences en se passant de mots tout en racontant une part de ce nous, toujours individuel et collectif, par des “mises en scène” de soi quotidiennes.

Côté créateurs de mode, très peu ont réellement joué un rôle dans la libération des femmes, contrairement aux créatrices qui ont jalonné l’histoire de la mode. Il y a Madeleine Vionnet qui a contribué à l’abandon pur et simple du corset (souvent attribuer à Paul Poiret !), avec ses robes fluides et drapées, grâce à la technique de la coupe en biais. Elle pouvait ainsi mettre en valeur la silhouette féminine sans structures rigides tout en offrant une liberté de mouvement incomparable.

Coco Chanel a révolutionné le monde de la mode avec son élégance dans la simplicité qu’elle prônait tout au long de sa vie. Elle a commencé à introduire des tenues confortables comme la petite robe noire et les tailleurs en tweed, qui affranchissaient la femme du corset tout en gardant des coupes structurées par des découpes. Jeanne Lanvin, fondatrice de la plus ancienne maison de Haute Couture française encore en activité, a apporté sa contribution pour une image plus moderne de la femme. Capturant l’élégance féminine, elle soutenait l’idée d’une femme active et indépendante.

La mode que nous pouvons encore voir sur les podiums, souvent réalisées par des hommes, ne demeurent pas très pratiques. Nous sommes donc encore loin d’une image du corps de la femme sans instrumentalisation de ce corps. Hors pièces très théâtrales pour démontrer une expression d’art et non d’objet pratique, les habits féminins restent contraignants. Mais c’est plus discret.

En effet, avez-vous remarqué l’absence de poches, les fermetures au dos, tous ces petits détails qui ne rendent pas pratiques les habits féminins? C’est la constatation d’Alexandre Samson lors de l’organisation d’une exposition mode au Palais Galliera: presque tous les vêtements féminins se ferment dans le dos. Ceci peut paraître anecdotique, mais peut embêter lors de l’habillement car nous avons besoin d’une tierce personne pour finir de s’habiller. Alors que les hommes ont une indépendance totale de ce côté-là.

Même constat du côté des poches! Soit elles sont trop petites, juste décoratives ou carrément absentes. Dès le XVIe siècle, les hommes avaient des poches cousues. Les femmes avaient quant à elles des poches amovibles, ces petites bourses qui se nouent autour de la taille par un cordon. Mais vers le XIXe siècle, elles disparaîtront. Car ce qui est dans une poche est considéré comme appartenant à la femme. Cela échappe au contrôle masculin et nourrit des fantasme de ce qu’elles peuvent y cacher.

Cette quasi absence de poche et les fermetures au dos persistent encore aujourd’hui. Malgré la minijupe, le pantalon et autres avancées, la liberté n’a pas été jusqu’au bout. Les Suffragettes réclamaient des poches, et un siècle plus tard, cette question n’est toujours pas réglée. Il y a aussi un effet de contrebalance, très visible dans les années 90, encore de nos jours, même si le mouvement #metoo l’a fait (un peu) reculer. Plus la femme s’émancipe, plus la société la montre sexualisée dans les réclames, les médias, les réseaux, etc.

Mais l’espoir de changements plus profond existe. L’identité du créateur ou de la créatrice a son importance: la femme qui crée pour la femme ne part pas dans le fantasme, il y a une recherche dans la création du vêtement et une sorte d’identification entre la créatrice et la cliente. Déjà à l’époque, chez Madame Grès, ses vêtements étaient confortables et se fermaient sur le devant. Tandis que Christian Dior aurait déclamé que les hommes avaient des poches pour garder des choses, les femmes pour la décoration. (!)

Pourtant, sa maison de couture, des décennies plus tard, avec des slogans féministes qui apparaissent sur des t-shirts, comme le “We should all be feminist” à la Fashion Week de 2017, montrent que la mode sait capturer les tendances et les enjeux d’une société. Cette transition de la sphère publique, de la rue vers les podiums témoigne d’un questionnement des normes établies et à promouvoir le changement social.

La mode réagit aux revendications des femmes, les marques commencent à adopter une approche inclusive avec des collections qui montrent la diversité des corps et des identités. Le corps féminin est vu comme une inspiration et non comme un espace à contrôler. Le féminisme encourage les femmes à embrasser leur individualité. Le “syndrome de la Schtroumpfette” (celui de la sur-représentation dans les oeuvres de fictions des hommes avec chacun une individualité propre alors que la seule femme n’existe que par son rôle de femme) se fissure de plus en plus. Il y a de la place pour toutes, et les campagnes publicitaires, les podiums le démontrent en employant des mannequins et actrices de toutes tailles, formes, origines.

Même si un travail reste à faire, même si un retour en arrière semble à nouveau là (comme si cette inclusivité n’était qu’une mode, une tendance passagère), que certaines pratiques dans le milieu de la mode sont problématiques (telles que les tendances hyper rapides de productions, de consommation, les normes de beauté irréalistes montrées sur les réseaux sociaux et l’IA qui met son grain de sel), la pluralité des expériences féminines existe et prouve que chacune a sa place avec son propre style. “L’empowerment” féminin, cette capacité à reprendre confiance, à s’affirmer et à agir pour elles-mêmes, cette idée dans la mode prend une forme très concrète: choisir une pièce dans laquelle on se sent forte, libre et représentée. Et je suis fière d’y contribuer avec mes pièces réalisées avec Crocus.

Femina, la gamme engagée de Crocus

Crocus habille les femmes, et à travers ses vêtements, la marque veut du confort et de la liberté pour ces dernières, que le vêtement s’adapte à elles (et non l’inverse). Je milite avec mes créations vestimentaires pour que nous puissions nous habiller comme nous le voulons, quelque soit notre âge, notre morphologie et sans que le regard des autres nous arrête dans nos envies, de couleurs, de coupes ou de styles.

En 2026, j’ai créé une mini gamme, Femina qui arbore le motif féminin dans un imprimé coloré et contrastant avec le jersey violet. Cette couleur est un clin d’oeil à celle utilisée pour les mouvements féministes, dont la Grève Féministe du 14 juin. Le signe fait directement référence aux femmes. Des pièces fortes qui démontrent à tous notre sororité dans le combat pour nos droits et une égalité de genre.

Pour chaque achat d’un vêtement de cette gamme, 20 CHF seront reversés à la Fédération Solidarité femmes de Suisse et du Liechtenstein (DAO), qui regroupe toutes les maisons d’accueil et refuges pour les femmes victimes de violences, des deux pays. Par ce geste, vous et moi, on pose une petite pierre pour la construction d’un monde meilleur.

S’habiller pour soi, l’acte le plus militant

Pour conclure, même si un long chemin reste à faire pour que la société change de regard et que, parfois, nous-même le change également, l’acte de s’habiller est un moyen d’expression qui affirme l’identité, l’appartenance et transmet également des messages forts pour des revendications d’ordre plus politique, comme vu plus haut. Oui, les vêtements ont un impact psychologique important; porter des habits qui nous font du bien renforce notre confiance. Des études montrent que le choix vestimentaire peut influencer la perception que les autres ont de nous. Alors autant porter ce qui nous corresponde!

Nous pouvons débattre de quel habit est le plus féministe, celui sophistiqué ou celui pratique, celui pris dans le vestiaire féminin ou au contraire dans celui masculin, mais je trouve surtout important, et c’est là que je considèrerai que nous aurons gagné sur nos droits en tant que femmes, de s’habiller pour soi-même et non pour rentrer dans un moule imposé par la société ou un individu.

S’habiller comme on l’entend, comme on le souhaite, comme cela résonne en nous. Dans toute notre complexité et force féminine.L’oser, le faire, de plus en plus, permettra de changer les idées et les esprits. Qu’en pensez-vous?

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